Le Canada dans l’Union : et si l’Europe se posait d’abord les bonnes questions ?

La proposition d’un nouveau statut pour le Canada ouvre une question plus large : comment l’Europe peut-elle renforcer ses alliances extérieures sans brouiller encore davantage les contours d’une Union qui peine déjà à faire vivre son unité ?

Territoires :EuropeInternationalUnion européenne

Le Canada pourrait devenir le premier « membre associé » de l’Union européenne. Ursula von der Leyen a lancé l’idée mercredi et Mark Carney l’a accueillie favorablement jeudi devant le Parlement européen. Le Premier ministre canadien préfère, lui, parler d’une « alliance pour l’avenir ». Mais sur le fond, il propose une coopération très poussée : défense, énergie, minerais critiques, intelligence artificielle, recherche, commerce, mobilité des étudiants et des travailleurs. Très bien. Mais pourquoi en faire un « membre associé » de l’Union ?

Le Canada est un partenaire naturel de l’Europe. Et je suis convaincu qu’il faut aller beaucoup plus loin avec lui. Mais il reste un pays qui n’est pas européen, même si nos liens historiques et culturels sont très profonds. Et ce statut de « membre associé » n’existe d’ailleurs pas, en tant que tel, dans les traités de l’Union.

J’ai parfois l’impression de voir l’Europe courir comme une poule sans tête. L’image est un peu brutale, je le reconnais. Mais face aux bouleversements actuels, Ursula von der Leyen et les dirigeants européens multiplient les initiatives, cherchent de nouveaux partenaires, parlent de défense, d’autonomie stratégique, de nouvelles alliances. Ils sentent bien qu’il faut bouger, et la guerre en Ukraine renforce encore le sentiment d’urgence. Mais bouger vers où exactement ?

Le problème est peut-être là. L’Union européenne a déjà beaucoup de peine à définir une ligne commune entre 27 pays qui ne voient pas tous de la même manière leur rapport aux États-Unis, à la Russie, à la défense, à l’immigration ou encore à l’État de droit. La Hongrie de Viktor Orbán en est depuis des années l’exemple le plus visible. Et c’est à ce moment-là qu’on inventerait une nouvelle catégorie de membres ?

Je suis un Européen convaincu. J’ai plaidé autrefois pour l’entrée de la Suisse dans l’Union européenne et j’en suis partisan aujourd’hui encore. Mais être Européen convaincu ne signifie pas considérer que l’Union, telle qu’elle fonctionne aujourd’hui, a trouvé sa forme définitive. Loin de là ! Selon moi, l’Europe a peut-être moins besoin d’élargir la notion d’appartenance que d’inventer de nouvelles formes d’alliance.

Avec le Canada, mais pourquoi pas avec d’autres démocraties, on pourrait imaginer une alliance beaucoup plus ambitieuse que les accords essentiellement économiques que nous connaissons : recherche, technologies, climat, universités, mobilité, politique étrangère… sans faire semblant pour autant que tous ces pays appartiennent à un même ensemble politique. Et parallèlement, l’Union doit absolument retrouver une manière de mieux faire vivre son unité à l’intérieur.

Ce n’est peut-être pas d’une Europe à géométrie toujours plus variable dont nous avons besoin. C’est d’une Europe assez créative pour assumer sa diversité sans perdre son unité — et assez imaginative pour construire autour d’elle des alliances fortes sans appeler tout le monde « membre ».

Le Canada pourrait être un excellent endroit pour commencer cette mue ! 

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