Le non était attendu, mais pas à ce niveau-là. Le dernier sondage SSR le situait à 63 %. Le résultat dépasse finalement les 70 %, avec près de 80 % de non à Bâle-Ville et des scores autour des trois quarts à Neuchâtel, Berne ou Zurich. Même au Tessin, où le scrutin a été beaucoup plus serré, l’initiative échoue.
Ce vote ne signifie évidemment pas que les Suisses tournent le dos à la neutralité. Bien au contraire : personne ou presque ne la remet en cause. Ce qu’ils ont refusé, c’est de la figer dans une définition rigide qui aurait réduit la marge de manœuvre du pays, notamment sur la question des sanctions internationales.
C’est un échec très lourd pour Pro Suisse et l’UDC, qui n’ont pas réussi à imposer leur conception de la neutralité au-delà de leur propre camp politique.
Les citoyennes et les citoyens suisses ont clairement dit hier ce qu’ils ne voulaient pas. Dès aujourd’hui, changement de décor : ils devront commencer à préciser ce qu’ils veulent, cette fois sur un sujet qui touche directement à la place du pays dans ses relations européennes.
Premier acte : le Conseil des États, la Chambre haute du Parlement, consacre trois jours aux discussions sur les nouveaux accords avec l’Union européenne. Libre circulation, reprise du droit européen, règlement des différends, électricité : les sujets ne manquent pas. Les affrontements politiques se poursuivront ensuite au Conseil national, puis le peuple se prononcera à nouveau.
Le résultat de dimanche ne préjuge évidemment pas de l’issue de ce débat européen. Les enjeux, les coalitions et les lignes de fracture seront différents. Refuser de verrouiller la neutralité suisse ne signifie pas approuver les Bilatérales III. Mais si les Suissesses et les Suisses ont très clairement refusé hier qu’on leur lie les mains, ils resteront probablement tout aussi attentifs lorsqu’il s’agira de définir leurs relations avec les autres Européens. Espérons que les débats à venir seront à la hauteur de cette exigence et qu’ils resteront ouverts sur la place que la Suisse veut occuper au cœur du continent.
