Et nous, que voulons-nous faire de l’IA ?

OpenAI vient de lancer Astra, son nouveau modèle d’intelligence artificielle, quelques jours après de nouvelles annonces d’Anthropic. Les performances progressent à une vitesse impressionnante. Mais derrière cette course technologique et commerciale, une question bien plus importante nous concerne tous : que voulons-nous, nous, humains, faire de cette puissance nouvelle ?

Territoires :International

À chaque lancement d’un nouveau modèle d’intelligence artificielle, le scénario se répète. OpenAI annonce des performances jamais atteintes. Anthropic répond, ou avait pris les devants quelques jours plus tôt. Les chiffres s’accumulent, les records tombent, les superlatifs aussi.

Cette fois, OpenAI assure qu’Astra est capable d’accomplir des tâches professionnelles complexes avec une autonomie encore accrue. L’entreprise affirme même que, dans certains domaines comme la cybersécurité, le modèle peut désormais mener des opérations élaborées sans qu’un humain lui indique chaque étape.

C’est impressionnant. Et cela mérite évidemment d’être pris au sérieux. Mais pour le commun des mortels que nous sommes, cette succession d’annonces relève aussi largement d’une bataille de communication entre géants technologiques. Les premières applications les plus spectaculaires concernent surtout les grandes entreprises, la recherche, la cybersécurité et, potentiellement, les États. Dans notre vie quotidienne, la révolution annoncée est souvent beaucoup plus progressive.

Le problème est que les superlatifs, eux, arrivent immédiatement. Ils nourrissent facilement l’impression d’une intelligence qui deviendrait incontrôlable, d’une machine qui finirait inexorablement par nous dépasser et peut-être même par nous rendre inutiles.

Je ne suis pas certain que le débat « pour ou contre l’intelligence artificielle » nous aide beaucoup. L’IA est là. Elle progressera. Elle nous rend déjà de multiples services et elle nous confronte aussi à de vrais risques. La considérer comme bonne ou mauvaise par nature revient un peu à demander si l’électricité, l’automobile ou Internet sont bons ou mauvais. Tout dépend largement de ce que nous en faisons.

Changer de question

La question intéressante commence ailleurs.

Lorsque j’étais jeune journaliste, j’ai vu arriver les machines à écrire électriques, puis les modems qui nous permettaient, en reportage, de transmettre facilement nos textes à la rédaction. Ces « nouvelles technologies » ont profondément changé notre travail — et je n’ai aucune nostalgie du temps où elles n’existaient pas.

Mais que voulons-nous confier à l’intelligence artificielle ? Et que voulons-nous continuer à faire nous-mêmes ?

Une machine peut nous aider à écrire, traduire, analyser, programmer, diagnostiquer, chercher. Demain, elle pourra accomplir seule des tâches bien plus complexes encore. Pourquoi s’en priver lorsqu’elle nous libère d’un travail répétitif ou nous permet de mieux travailler ?

Mais déléguer une tâche n’est pas nécessairement la même chose que déléguer notre jugement. Nous pouvons souhaiter que l’IA nous aide à comprendre sans lui abandonner la décision. Qu’elle augmente notre créativité sans nous dispenser de créer. Qu’elle nous propose des solutions sans nous faire renoncer à les discuter. Qu’elle nous fasse gagner du temps sans nous faire perdre peu à peu les compétences qui permettent de vérifier ce qu’elle produit.

C’est là, à mon avis, que se trouve la frontière la plus importante. Pas entre ceux qui seraient « pour » et ceux qui seraient « contre » l’IA. Mais entre les usages que nous sommes prêts à déléguer et ceux pour lesquels nous considérons que la responsabilité, le discernement, la relation ou simplement la présence humaine restent irremplaçables.

Il faudra certainement des règles. Il faudra de la transparence, des garde-fous et du contrôle. Mais aucune réglementation ne répondra complètement à la question essentielle, parce qu’elle relève aussi de chacun de nous: quelle place voulons-nous garder ?

La formidable course actuelle consiste à mettre toujours davantage d’intelligence dans les machines. Notre responsabilité sera peut-être, tout simplement, de veiller à mettre toujours suffisamment d’humain dans ce que nous décidons d’en faire. 

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